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En fait c'est quoi l'enluminure?

Publié le par Brigitte Boulanger

Copiste préparant le  parchemin, Bible de Hamburg, 13ème siècle.

Copiste préparant le parchemin, Bible de Hamburg, 13ème siècle.

Les termes enluminure et miniature désignent tous les motifs, lettrines, personnages, scènes peintes dans un manuscrit. Le terme enluminure vient du latin » illuminare » qui signifie embellir, mettre en lumière, éclairer, tandis que miniature vient du latin minium qui désigne la couleur rouge

Tout en miniature, l'art de "mettre en lumière", est empreint de minutie et de finesse. L'enlumineur est héritier des maîtres enlumineurs du Moyen-Age, auxquels il emprunte ses techniques la préparation du parchemin , la fabrication des pigments purs minéraux et végétaux et la pose d'or véritable.
Il faut des années d'apprentissage pour maîtriser la technique et la qualité de l'exécution.

L'enlumineur ne signe pas son oeuvre qui porte souvent le nom du commanditaire, il travaille dans l'ombre des scriptoriums en étroite en coopération avec les copistes du texte pour l'organisation de la page de parchemin.

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Des Lettres à la lettre d'or

Publié le par Brigitte Boulanger

Des Lettres à la lettre d'or

De formation littéraire, mon expérience professionnelle s’est principalement située dans l’enseignement des Lettres et la psychologie de l’éducation. Parallèlement j’ai toujours mené une activité artistique :

Attirée par les couleurs et la beauté des écritures à travers les âges, c’est tout naturellement que mon parcours artistique m’a conduit à l’enluminure que je pratique depuis plusieurs années maintenant. Mon dégagement récent de la vie professionnelle me permet maintenant de m’y consacrer à temps plein, et en 2013 la Maison des Artistes m’a donné un statut reconnu d’artiste plasticien qui me permet d’exposer et partager mon travail.

Ainsi d’abord formée aux techniques traditionnelles et à la culture et reproduction des enluminures du moyen-âge et de la renaissance, mon inspiration s’est diversifiée vers les enluminures et miniatures orientales et méditerranéennes, imagerie perse, motifs arméniens, céramique d’Iznik, et la création de motifs en or sur des supports nouveaux : papyrus, galets gravés ou encore papier de création .

Je travaille sur parchemin veau , chèvre ou chevreau et concocte beaucoup de mes pigments à partir de produits végétaux, animaux et minéraux : fleur de safran, racine de garanc e et de cochenilles, feuilles d’iris, bois de brésil et toutes les terres : de l’ocre rouge à la terre de Sienne.

Les liants que je fabrique à partir de colle de poisson, gomme arabique, eau de miel , jaune d’œuf permettent aux pigments d’adhérer au parchemin.

Enfin je pose l’or véritable de 22 à 23 carats à la feuille, ou en coquille sur un gesso qui permet son adhérence sur le parchemin soit en plat, soit en relief. et je le polis à la pierre d'agate pour liui donner tout son brillant.

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Les Initiales dans le manuscrit médiéval

Publié le par Brigitte Boulanger

Recueil de textes religieux 11- 12ème siècle

L'initiale, lettrine parfois de grande taille qui ouvre le texte a une fonction très importante dans les manuscrits médiévaux : elle sert à structurer le texte, créant des repères pour une lecture plus aisée, elle organise la page en venant souligner débuts de lignes et de paragraphes.

 Les Initiales peintes prennent leur essor du VIIIe au XIIe siècle  

Ce sont les plus nobles

  • Parmi elles ,  Les Initiales historiées  représentent des scènes, personnages ou groupes, leurs sujets religieux ou profanes, restent symboliques, obligatoirement centrés sur des éléments humains.

m

 

Initiale Historiée E

 

Chansonnier dit de Montpellier, XIVe siècle, manuscrit H196, folio 63 verso, vélin, in-4°.

 

 

  • Les Initiales ornées sans figuration humaine  avec motifs hybrides, végétaux et animaux.

 

 

Lettre ornée S

Justinien, Les Institutions, XVe siècle, manuscrit latin H418, folio 23 verso, vélin, in-

 

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  • et enfin les Initiales champie, très codifiées, peintes souvent en rose et en bleu déjà pratiquées au 8ème siècle continuent à se développer  du 12ème au 15ème siècle

Lettres champies 15ème siècleLettres champies 15ème siècle

Lettres champies 15ème siècle

 

 Puis Les initiales à encre  se développent du XIIème siècle au XVème siècle.

  •  Les initiales puzzle ou parties au sommet de la hiérarchie
Elles ont séparées en 2 parties souvent rouge et bleue qui s’imbriquent. Parfois de taille très importante, l'initiale Puzzle a contribué, au même titre que d'autres lettres à l'encre et par son coût inférieur à celui des lettres peintes, à rendre certains manuscrits plus accessibles.
Initiales puzzleInitiales puzzleInitiales puzzle

Initiales puzzle

  • Les Initiales cadelées dites "Lettres cadeaux" et filigranées prolongées par un jeu dynamique de filaments dans les marges du texte.
Initiales cadeléesInitiales cadelées
Initiales cadeléesInitiales cadeléesInitiales cadelées
Initiales cadeléesInitiales cadelées

Initiales cadelées

Initiales filigranéesInitiales filigranées
Initiales filigranéesInitiales filigranées

Initiales filigranées

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La préparation des pigments

Publié le par Brigitte Boulanger

Pigments plaque de vette et molettes
Pigments plaque de vette et molettes

D'où viennent les pigments?

Petit historique

Les ateliers des enlumineurs du Moyen-âge sollicitent aussi bien l’œil que le nez : plantes fraîches et séchées côtoient les décoctions les plus étranges, les pierres les plus rares, les poudres les plus vives, les préparations les plus complexes en lien avec l'alchimie , le symbolisme et la poésie

En alchimie, la couleur rouge est la couleur du Grand Œuvre, l'Œuvre au rouge (après l'Œuvre au noir et l'Œuvre au blanc), apparition de la pierre philosophale. Celle-ci, obtenue à partir de pierres ou de métaux par le feu, tend au rouge parfait (pierre (au) rouge, pavot des philosophes, rubis précieux) et permet d'opérer notamment la transmutation en or. C'est le symbole du mystère vital, de la connaissance ésotérique, de la régénération et de l'immortalité.

Dans de nombreuses traditions, les pierres précieuses, notamment bleues et rouges, sont portées en bijou ou broyées pour leurs pouvoirs physiques, leurs pouvoirs homéopathiques, et leurs pouvoirs occultes. En France, une coutume unit chimie et symbolisme du bleu censé éloigner tout ce qui est néfaste : on peint les charrettes avec un bleu (bleu charrette ou charron) fait d'une matière colorante à base de bleu de Prusse et de sulfate de baryte et ayant la propriété d'être un répulsif pour les insectes, mouches et abeilles.
Bien d'autres nuances et symboles du rouge et du bleu sont issus de cette longue histoire des matières colorantes et de leurs utilisations dans les étoffes, les vêtements, les représentations artistiques...

Une couleur : bleu

Le bleu, longtemps ignoré ou dévalorisé, n'acquit ses lettres de noblesse qu'à partir du XIIe siècle grâce aux progrès des techniques tinctoriales (nuances éclatantes et "grand teint"), et pour des raisons plus symboliques, grâce au culte de la Vierge Marie. Il devint la couleur des rois et celle de la Vierge traditionnellement représentée vêtue d'un manteau d'azur*. La langue a gardé les traces de l'histoire et la nuance bleu(-)de(-)roi, bleu(-)roi est encore très vivace de nos jours. De même, la dévotion à Marie se retrouve dans la nuance bleu vierge et la locution vouer (un enfant) au bleu. Un pigment cher et précieux obtenu de la pierre azurite, seul digne de la Vierge, fut longtemps réservé à la peinture de ce manteau.Valorisé et consensuel, le bleu est devenu la couleur des grandes institutions nationales ou internationales (drapeaux du Conseil de l'Europe, de l'ONU ; "casques bleus"), de certains corps de métiers ou milieux socio-professionnels (le bleu de la gendarmerie ou de la police), la couleur "distinction, mérite" (carton bleu, cordon bleu, ruban bleu).

Une couleur : rouge

Autrefois la plus stable des couleurs, mais extrêmement coûteuse, le rouge (en particulier la pourpre*) fut la couleur par excellence, réservée à l'élite, au point qu'il était interdit de se vêtir de pourpre sous peine de mort ou de porter des "gueules" dans ses armoiries à moins d'être prince ou d'en avoir l'autorisation. Le rouge devint la couleur représentative des rois, des chefs et dignitaires notamment dans l'armée, l'Église, la justice... et le symbole du pouvoir, de la dignité, du mérite, de l'apparat... Amaranthe, andrinople, cramoisi, écarlate, pourpre... ces noms de matières colorantes et d'étoffes prestigieuses rouges témoignent de l'histoire sociale de cette couleur, représentative de diverses institutions et dignités : rois et empereurs (Chambre de la pourpre), chefs de l'Église, (cardinal, pourpre cardinalice, endosser l'écarlate), magistrats, soldats de l'armée française (andrinople, garance)... La langue rend compte, dans ses sens figurés, de la gloire passée et de l'excellence de la couleur rouge. Pourpre a désigné, par métonymie, le pouvoir, la puissance, la richesse ; écarlate, le premier choix, le plus distingué (l'écarlate de la noblesse) ; cramoisi, le magnifique. Au XXe siècle, le rouge est encore la couleur de la puissance et du mérite, et de l'honneur rendu (rosette rouge, ruban rouge, tapis rouge...) qui s'est étendue au domaine du commerce, pour indiquer la qualité des produits alimentaires (cordon rouge, label rouge, ruban rouge).

* Pour des raisons de coût, de technique et de symbolisme. La pourpre était obtenue d'un coquillage marin, assimilé au sang. Il était nécessaire de sacrifier des millions de coquillages pour obtenir le colorant pourpre, aussi précieux que l'or... 10 000 coquillages permettaient d'obtenir un gramme de colorant.

  • source CNRS info mars 2001
  • Pour approfondir; voir "Le petit livre des couleurs" essai paru en poche en 2014 de Michel Pastoureau, grand historien médiéviste.

Les différents pigments

Les couleurs proviennent du monde minéral. végétal ou animal ,

Les pigments minéraux

Ils sont issus de ressources de la géologie (ocres, lapis-lazuli, azurite, malachite, orpiment, pour en citer quelques-uns). De nos jours, les terres et les ocres restent les seuls pigments naturels encore exploités industriellement. Tous les autres pigments inorganiques sont fabriqués artificiellement à base de composés métalliques comme le cobalt, le cadmium, l’oxyde de fer, le chrome…

Les pigments d'origine organique

proviennent soit des animaux (sépia de la seiche, murex, rouge cochenille ), soit des végétaux (garance, indigo, vert d'iris, safran, curcuma, nerprun, rose de l'écorce du bois de brésil...).

Mais très tôt l'homme chercha à varier la palette des couleurs.

Les pigments artificiels

Le bleu et le vert égyptien, pigments à base de cuivre, font certainement partie des plus anciens pigments artificiels fabriqués par l’homme. À l’époque grécoromaine, c’est un blanc artificiel à base de plomb appelé céruse qui vit le jour. D’autres pigments tels que le minium et le massicot furent également synthétisés, preuve du perpétuel intérêt porté à la recherche de nouvelles couleurs. Les alchimistes du Moyen Âge travaillèrent sur quelques nouveaux pigments comme l’outremer naturel purifié ou le jaune de Naples.

Attention danger!

"Se boucher le nez et fermer la bouche ; car crainte des émanations et des poussières" (valentin Boltzen 1553) "Garde-toi d’en mettre à la bouche, tu pourrais t’en trouver mal" (C. Cennini – XVe siècle)

En peinture médiévale, les pigments sont responsables des intoxications. ils peuvent être dangeureux et très toxiques particulièrement les pigments à base de plomb : céruse, massicot, jaune de naples, minium, mine orange. Ceux aussi contenant du mercure : cinabre vermillon. Ceux à base de cuivre : bleu et vert des montages, cendre bleue, vert-de-gris, vert d’espagne, vert salé. Et plus spécifiquement, ceux contenant de l’arsenic : orpiment.

Préparation des pigments

Tout d'abord, l'enlumineur doit broyer ses pigments sur une plaque de verre dépoli avec une molette pour affiner le grain (voir photo), il ajoute la détrempe à base de jaune et blanc d’œuf, colle de poisson,gomme arabique, miel qui liera les pigments et leur permettra d'adhérer au support.

A présent l'enlumineur travaille seul mais au moyen-âge ces travaux préparatoires étaient effectués par les "arpètes" des moines , les aides ouvriers qui travaillaient dès l'âge de 12 ans.

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La miniature persane

Publié le par Brigitte Boulanger

La miniature persane

La miniature persane (on réserve le terme d'enluminure pour les motifs complexes sans figuration, géométriques, qui illustrent superbement les manuscrits sacrés tel le coran) me séduit par sa finesse, sa délicatesse et sa sensualité.

La miniature s'est développée à partir de courants variés Chinois, monghols, indiens et marie les langages poétiques et artistiques. Elle illustre fables, poèmes, épopées, scènes érotiques ou tout simplement moments de la vie quotidienne dans de magnifiques jardins en fleurs.

La miniature persane représente en elle-même un espace poétique avec absence délibérée d'ombre et de perspective, avec la diffusion de la lumière et l'ornementation, propre à l'art islamique.

La vivacité des couleurs, la richesse des palettes, est propice à l'enluminure et à l'expérimentation des pigments et des nuances colorées et dégradées que j'aime tant.

Du rouge cochenille au vert d'iris, du bois de Brésil transparent au précieux du lapis lazuli, de l'Indigo aux couleurs de terre et de sable.
Il me reste à ajouter l'or sur des scènes que je recompose, et ce seront les motifs d'un vêtement (les Amoureux), les astres nocturnes (Jardin d'orient), ou encore la crête de plumes d'or de (L'oiseau huppé.)

Ce sont donc mes dernières oeuvres, que j'expose en premier dans ma galerie.

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La Conférence des Oiseaux

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Je termine (provisoirement)  mon cycle persan en vous présentant cette peinture de Habib Allah illustrant ce recueil de poèmes persan médiévaux ( 1177) qui sous forme d'allégorie raconte comment un maître soufi amène ses élèves à l'illumination.

Illuminer, enluminer, glissement sémantique imperceptible pour tous les chercheurs de vérité, les vrais chercheurs d'or.

Voici un condensé de l'histoire

C'est l'histoire d'une bande de trente oiseaux pèlerins partant sous la conduite d'une huppe fasciée à la recherche du Simurgh, leur roi. Le texte relate les hésitations, incertitudes des oiseaux. À l'instar d'autres récits orientaux, le récit est émaillé de contes, d'anecdotes, de paroles de saints et de fous qui les accompagnent. Un à un, ils abandonnent le voyage, chacun offrant une excuse, incapable de supporter le voyage. Chaque oiseau symbolise un comportement ou une faute. La tête de file est la huppe, le rossignol symbolise l'amant. Le perroquet est à la recherche de la fontaine de l'immortalité, et non pas de Dieu. Le paon symbolise les « âmes perdues » qui ont fait alliance avec Satan. Les oiseaux doivent traverser sept vallées pour trouver Simurgh :

À la fin de leur quête, ils découvrent leur moi profond (jeu de mots sur Simorgh signifiant également « trente oiseaux »).

Peter Brook en a fait une pièce de Théâtre en1977.

La Conférence des Oiseaux peinte par Habib Allah a inspiré mon "Oiseau huppé sur son rocher"

La Conférence des Oiseaux peinte par Habib Allah a inspiré mon "Oiseau huppé sur son rocher"

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